« Peindre, peindre. Toujours peindre. Encore peindre. Le mieux possible, le vide et le plein, le léger et le dense, le vivant et le souffle. »
 Zao Wou Ki

 

Les grandes toiles de Désirée Engelen incarnent un langage abstrait, réveillant une force tranquille, physique et spirituelle. Le geste y danse comme une évidence, rythmant un univers où espaces positifs et négatifs évoquent les éléments ; de la fluidité de l’eau à la dureté de la roche. La composition de chaque toile suggère un mouvement instinctif, semblable à une source de liberté, loin de toute pensée critique. Désirée Engelen traduit l’émotion, par une recherche ininterrompue de la poétique du geste, comme moteur créatif.

 

Par l’acte de peindre, Désirée Engelen s’approprie physiquement le geste, au plus abstrait soit-il, source de questionnement perpétuel. Par l’affranchissement de la représentation du sujet, le geste s’adonne à un espace libre dédié à la spontanéité de l’action. De fait, l’énergie intérieure inscrit les pulsations vitales dans une quête de structure de l’espace pictural. Ces vibrations évoquent un lâché prise, sinon, une mise à nu de l’âme par le geste. Ainsi, sur chaque toile se joue le temps du geste, par l’expérience même de la peinture.

 

L’espace pictural pour Désirée Engelen se refuse à la perfection tandis qu’une à une, les compositions investissent les pleins autant que les vides pour en devenir une « entité vivante » décrite par François Cheng[1]. Par le saisissement du geste, autant physique que spirituel, Désirée Engelen répond à l’invitation d’une médiation. L’imperfection de l’action esquisse sa beauté, appris des concepts de la philosophie japonaise, tel le Wabi Sabi[2]. S’appuyant sur la beauté des choses imparfaites, le langage pictural émancipe ainsi le geste dans son unicité et sa spontanéité, dans l’intensité de sa manière.

 

Chez Désirée Engelen, la forme engendre le geste et détermine son expression. Le format carré de la série « Happy » (2015-2016) révèle la curiosité et le bonheur de l’artiste dans sa rencontre avec l’abstraction. Dans chaque toile s’amorce la construction d’un geste contrôlé où s’impose une rigueur.

 

Cependant, les « Happy » interagissent à la manière d’une dualité complémentaire, à la série des « Bi » (2015-2017), en référence au disque chinois[3]. Les « Bi » se matérialisent par le format du tondo, dont le cercle parfait confère un sentiment de liberté sans frontière. De formation de peintre figuratif pour grands décors, Désirée Engelen ne conserve que la folie des grandeurs et entame ainsi une exploration des limites du format. Devenu source d’infini et d’harmonie, l’espace du tondo s’étend pour envelopper et confronter le corps de l’artiste autant que celui du regardeur. Dès lors, la forme universelle du cercle incarne l’univers comme un tout onirique et installe le geste au cœur de la plénitude, orchestré par la profondeur du format.

 

Désirée Engelen recherche l’équilibre de la composition par l’harmonie du dense et du silence. Aucune revendication interprétative n’est à percevoir sinon celle de l’âme humaine traduite par et dans le geste. Chaque toile s’accomplis par la caresse du pinceau et investit l’espace déployé du format. Par son incarnation dans la forme, l’énergie du geste résonne pour s’adresser à l’intériorité, vers l’éclosion des émotions.

 

Fiona VILMER // 04-2018

[1] Cheng François, Vide et plein, Le langage pictural chinois, Seuil, Paris, 1991, p74
[2] Concept esthétique de philosophie japonaise, le Wabi Sabi remonte au XIIe siècle. Évoque l’émotion devant la beauté des choses imparfaites, l’œuvre du temps ainsi que la modestie des éléments naturels.
[3] Disque Bi : Disque circulaire chinois symbolisant l’infini. À partir du néolithique, ce disque enterré avec les défunts de haut statut social était destiné à l’accompagnement dans l’au-delà. Le disque Bi symbole l’infini, le céleste et le ciel.
[4] Cheng François, Vide et plein, Le langage pictural chinois, Seuil, Paris, 1991, p74
[5] Concept of aesthetics from the japanese philosophy. Wabi Sabi comes from the XIIth century. It evokes the feeling towards the beauty of imperfection, the time marks along with the humility of natural elements.
[6] Bi disk : Chinese circular disk which is the symbol of infinity. Since Neolithic era, the disk is burried along with the deceased from the elite. It was intended to take care in the afterlife. The bi disk symbolises the infinity, the celestial and the sky

Il peint jour et nuit
sans hâte
sans peine
sans répit
. . .
et sans but
. . .  Pour lui
Il s’agit de l’Accomplissement
et non de l’Accompli

 

Il peint jour et nuit
sans hâte
sans peine
sans répit
. . .
et sans but
. . . Pour lui
Il s’agit de l’Accomplissement
et non de l’Accompli

 

Thomas GLEB, Le livre des Naissances,
Le polygraphe éditeur, Angers, 1994
Désirée Engelen
Désirée Engelen
Photos : © Adrien Thibault